Le Cap bientôt sans eau?

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#Changements climatiques , #Eau

Publié le 17 janvier 2019

Depuis 2015, la métropole sud-africaine du Cap fait face à une grave crise d'approvisionnement en eau. Après des années de stabilité, les réserves en eau potable ont soudainement commencé à diminuer de manière spectaculaire. Malgré des mesures draconiennes contre le gaspillage, la baisse semblait impossible à arrêter.

L'évolution des réserves d'eau dans le lac de retenue de Theewaterskloof observée grâce aux données Sentinel-1 et 2. Ce réservoir est la principale source d'eau potable du Cap et de la province sud-africaine de Western Cape. En mars 2018, le réservoir n'était rempli qu'à 11 % de sa capacité totale.  Copyright contains modified Copernicus Sentinel data (2017–18), processed by ESA, CC BY-SA 3.0 IGO

"Jour zéro"

En janvier 2018, un vent de panique a soufflé sur le pays le plus méridional de l'Afrique : des scientifiques ont en effet prédit que le niveau de l'eau dans les six réservoirs autour de la ville du Cap atteindrait dès le mois d'avril un minimum critique, appelé "Jour Zéro". Si ce point était atteint, l'approvisionnement en eau devrait être coupé pour la très grande majorité des habitants et l'eau ne serait plus acheminée qu'aux hôpitaux et aux communautés les plus nécessiteuses. Le Cap deviendrait ainsi la première grande ville du monde sans eau.

 

Niveaux d'eau des six principaux réservoirs qui alimentent le Cap en eau potable.

Les causes

La soudaine pénurie d'eau dans la région du Cap est principalement due à une période de sécheresse exceptionnelle, déclenchée par le phénomène El Niño de 2015-2016. En 2015, la région n'a reçu que la moitié des précipitations annuelles normales. En 2016, les précipitations ont été encore plus faibles et en 2017, la région n'a reçu qu'un tiers des quantités moyennes annuelles. Depuis le début des mesures fiables en 1933, jamais la région n'avait connu 3 années consécutives aussi sèches. 2017 s'est même révélée l'année la plus sèche jamais enregistrée. Typiquement, les précipitations au cours de ces 3 hivers ont été trop faibles pour combler les quantités d'eau extraites durant les étés secs, ce qui a entraîné une baisse du niveau des réservoirs d'une année sur l'autre.

En mars 2018, le lac de retenue de Theewaterskloof, réservoir qui fournit environ la moitié de l’eau potable du Cap, était à sec.

Cette période de sécheresse extrême est exceptionnelle pour la région: statistiquement, une telle sécheresse ne peut se produire que tous les 300 ans. Certains scientifiques pensent que la sécheresse a été exacerbée par les changements climatiques, qui ont déjà entraîné une augmentation de la température globale moyenne de 1 °C au cours des 100 dernières années. Selon les modèles, la température moyenne au Cap s'élèvera encore de 0,25 °C d'ici 2028, augmentant à la fois la probabilité d'occurrences de sécheresses futures et la gravité de ces événements.

Une autre cause réside évidemment aussi dans l'augmentation explosive de la population du Cap depuis une vingtaine d'année. En 1995, la ville comptait 2,4 millions d'habitants. Aujourd'hui, elle est passée à 4,3 millions, soit une augmentation de 79 %. Au cours de la même période, la capacité de stockage des réservoirs qui alimentent la ville en eau potable n'a augmenté que de 15 %. Dès 2007, le Département des eaux et forêts sud-africain avait prédit que la demande en eau dépasserait l'offre si rien n'était mis en œuvre pour limiter la consommation. Des mesures ont effectivement été prises, et ce de manière assez efficace, mais la sécheresse de 2015-2017 a nécessité l'adoption de mesures beaucoup plus strictes.

Mesures d'urgence

La première des mesures prises par la ville a été d'imposer à ses habitants un rationnement à 50 litres par jour et par personne, sachant que la consommation moyenne au niveau mondial est de 185 litres par jour. Une réduction drastique de 60 % a également été imposée au secteur agricole. Les autorités n'ont rien laissé au hasard et ont surveillé la consommation de près, avec pour conséquence une consommation d'eau réduite de moitié en mars 2018, avec 'seulement' 500 millions de litres par jour.

D'autres conséquences ont été plus négatives. Le secteur agricole, et principalement la viticulture, est l’un des plus gros consommateurs d’eau. Du fait des restrictions d'eau dans ce secteur, pas moins de 37 000 personnes ont perdu leur emploi et environ 50 000 personnes se sont retrouvées sous le seuil de pauvreté. Le tourisme a également souffert de ces restrictions strictes: le nombre de nuitées en janvier 2018 était de 10 % inférieur à la moyenne des dernières années. Heureusement, la ville a pu éviter des conséquences encore plus graves comme une épidémie de choléra ou l'apparition d’autres maladies qui auraient pu se développer dans une ville pauvre en eau et à forte densité de population.

Et le futur?

Les mesures de rationnement ont été suffisamment efficaces pour que le "jour zéro" ne soit finalement pas atteint. Et les pluies sont enfin arrivées durant l'hiver 2018, après cet épisode de sécheresse le plus sévère depuis le début des enregistrements. Parallèlement aux restrictions d'utilisation de l'eau, ces pluies ont permis d'arriver à la fin de l'année à un taux de remplissage des réservoirs de 76 % de leur capacité totale. Les règles strictes ont ainsi pu être assouplies: la consommation personnelle d'eau a été augmentée progressivement pour atteindre 105 litres par jour et les restrictions ont également été prudemment réduites dans le secteur agricole.

Le Cap a tiré les leçons de cet épisode. Un plan pour 2024 visant à détourner la rivière Berg vers l'un des réservoirs a été avancé à 2019. De plus, des travaux sont en cours pour installer des usines de désalinisation afin de convertir l'eau de mer en eau potable, ainsi que pour creuser de nouveaux puits d'eau souterraine qui permettraient de faire face à de courtes périodes de sécheresses. Les citoyens et les entreprises ont également commencé à investir dans des puits d'eau souterraine et des réservoirs d'eau de pluie.

La grande sécheresse semble être terminée et tout est mis en place dans la région pour pouvoir affronter un autre épisode de sécheresse sévère. "Jour zéro" ne semble pas être pour 2019.

Sources: