Stentor : Comment l'observation de la Terre aide les organisations humanitaires à sauver des vies

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#STEREO , #Webstory , #Catastrophes , #Humanitaire

Publié le 21 décembre 2020

Au lendemain de la journée internationale de la solidarité, nous sommes fiers de vous présenter un petit projet aux grandes ambitions humanitaires. STENTOR (Use of Earth Observation Satellites to Improve Effectiveness of Humanitarian Operations) est un projet STEREO de type ‘Dissemination’ dont l’objectif était d’établir un rapport détaillé sur l'utilisation des méthodes d'observation de la Terre par satellite dans divers contextes humanitaires. Le rapport, rédigé par des chercheurs spécialisés en épidémiologie et en Géographie des catastrophes à l'Université catholique de Louvain a été publié tout récemment.


Au cours de la dernière décennie, 3 755 événements catastrophiques ont touché en moyenne 175 millions de personnes par an. Des conflits armés comme au Yémen ou en Éthiopie, obligent par ailleurs des millions de personnes à fuir leur foyer. Dans nombre de ces situations, l'observation de la Terre peut constituer un support direct aux actions des organisations humanitaires, améliorant considérablement l’efficacité des interventions.


Centre de contrôle du Centre de coordination des interventions d'urgence (ERCC) à Bruxelles. Image: Alexandros Michailidis

Comment l'observation de la Terre est utilisée par les organisations humanitaires

Les applications les plus courantes des satellites d'observation de la Terre sont l’évaluation des dégâts consécutifs à une catastrophe, comme un tremblement de terre ou une tempête, et l’identification des emplacements des sites de rassemblement ou des camps de personnes déplacées. Mais de nombreuses autres applications très diversifiées existent et, en réalité, pour presque tous les types de catastrophes, les images satellites sont utilisées à un moment ou à un autre de la gestion de la catastrophe (phases de prévention, d'atténuation, d’intervention, de reconstruction ou relèvement).


Comparaison de la lumière émise par les activités humaines par la ville de Beira avant et après le cyclone Idai en 2019. Image : NASA

Depuis le début des années 2000 qui ont ouvert de plus en plus largement l’accès aux images satellites à très haute résolution spatiale pour les organisations civiles, les grands conflits, comme en Syrie, sont également suivis par diverses organisations humanitaires, dont UNOSAT, Amnesty International et Human Rights Watch.

Les images de ces satellites permettent de détecter d'éventuelles violations des droits de l'homme qui auraient été impossibles à identifier ou à vérifier par une enquête de terrain. L'application la plus courante est l'évaluation des bâtiments endommagés ou détruits, tels que les écoles, les hôpitaux et les bâtiments culturels/religieux, qui sont des indicateurs importants de violations des droits de l'homme. Les images satellites peuvent également confirmer des informations reçues de sources locales ; elles peuvent par exemple fournir les preuves de la présence de fosses communes ou d’un village incendié.


Image satellite analysée par Human Rights Watch d'un village Rohingya dans la municipalité de Maungdaw, en Birmanie. Image: Digital Globe 2017 et Human Rights Watch.

Nouvelles tendances

Le domaine de l'observation de la Terre est en constante évolution et il existe un flux continu d'applications innovantes. Un exemple est le suivi de la reconstruction d'infrastructures à l'aide d'images satellites dans des régions où les contraintes de sécurité limitent la planification et l'exécution de missions d'évaluation, comme en Somalie. Un autre exemple est le suivi de la consommation de bois et de la déforestation, ainsi que de son impact sur l'environnement local des camps de personnes déplacées - une source majeure de tensions locales et de défrichage massif du territoire.

L'utilisation de technologies d'apprentissage automatique (machine learning), de petits satellites ou de constellations de satellites, associée à une plus grande implication des géants de la haute technologie comme Google, Facebook, Microsoft et Amazon ont également considérablement augmenté le nombre d'applications et élargi l'accessibilité des images satellites à de nouveaux utilisateurs, et notamment aux organisations humanitaires.

Premiers pas

La coopération inter-institutions dans ce domaine est déjà bien établie, comme en témoignent la Charte internationale Espace et catastrophes majeures, le Service de gestion des urgences du programme européen Copernicus ou Humanitarian OpenStreetMap Team (HOT). Ces organisations, et d'autres, fournissent gratuitement des données et des cartes élaborées à partir d'analyses d'images satellites.

L'intégration d'images satellites dans le flux de travail d'une organisation humanitaire exige que les équipes de terrain évaluent les limites d'une telle technologie, le coût inhérent à l'acquisition d'images satellites et la formation des employés. Diverses organisations peuvent apporter leur aide, comme CartONG (ONG spécialisée en gestion de l’information géographique et dont l’objectif est de favoriser l'utilisation des SIG par d'autres ONG) ou l'Institut des Nations unies pour la formation et la recherche.

Les images satellites font désormais partie intégrante des actions d'aide humanitaire et leur utilisation ne peut que s’accroitre à l’avenir, permettant aux agences opérationnelles de renforcer leur efficacité et leur performance en intégrant ces nouvelles applications dans leurs activités de préparation, de prévention et de réponse aux évènements de crise.

Plus d’infos

SENTOR Report : Use of Earth Observation Satellites to Improve Effectiveness of Humanitarian Operations