Cultures génétiquement modifiées

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Les cultures OGM aux Etats-Unis

Depuis leur introduction en 1996, les cultures de plantes génétiquement modifiées (ou cultures OGM) ont été massivement adoptées par les agriculteurs américains et ce malgré les impacts environnementaux et économiques et malgré les incertitudes concernant les réactions des consommateurs.

Les plantes génétiquement modifiées ont été développées pour faciliter les cultures, augmenter les rendements ou produire des variétés présentant des caractéristiques esthétiques, nutritionnelles, gustatives ou de conservation plus avantageuses.

Ainsi, des cultures tolérantes aux herbicides (appelées HT pour Herbicide-Tolerant ) ont été mises au point pour résister à l'application d’herbicides qu’on appelle totaux car ils détruisent toutes les plantes sans distinction. La plante modifiée est donc la seule à survivre, même après des épandages en quantité du désherbant. Entre 1997 et 2008, le soja HT est passé de 17% à 92% de la superficie totale de soja cultivée aux États-Unis. Durant la même période, les plantations de coton HT sont passées de 10% environ à 68% de la superficie totale de coton aux États-Unis. L’adoption du maïs HT a été plus lente mais elle s'est récemment accélérée, atteignant 63% de la superficie de maïs des États-Unis en 2008.

Des variétés résistantes aux insectes, contenant un gène de la bactérie du sol Bt (Bacillus thuringiensis), ont été introduites pour le maïs et le coton depuis 1996. Cette bactérie produit une protéine qui est toxique pour certains insectes. L’expression du gène par une plante a donc pour effet de la protéger de ces insectes tout au long de sa croissance. De 1998 à 2008, la part de superficie occupée par les cultures de maïs Bt par rapport à la superficie totale de maïs aux Etats-Unis est passée de 8 à 57 %. Durant la même période, les cultures de coton Bt sont passées de 15% environ à 63% de la superficie totale de coton. Les insectes n'ayant pas posé de problèmes importants aux cultures de soja, des variétés de soja résistantes aux insectes n'ont pas été développées.

En haut : Des larves de pyrale du maïs ont sérieusement endommagé ces feuilles d’arachides non protégées. En bas : Après seulement quelques bouchées, les larves de pyrale du maïs se sont détachées de ces feuilles d’arachides génétiquement modifiées (contenant le gène insecticide de la bactérie Bacillus thuringiensis) et sont mortes - Source: Agricultural Research magazine

En 2007, les Etats-Unis étaient toujours en tête des pays cultivateurs de plantes génétiquement modifiées, totalisant 57,7 millions d'hectares (c'est-à-dire 50 % de la superficie mondiale de cultures OGM). Cette première place s’explique notamment par le marché florissant de l’éthanol issu de maïs transgénique, dont la culture a augmenté de 40% en superficie.

Il est important de noter que 63 % du maïs GM, 78 % du coton GM et 37 % de toutes les cultures OGM américaines en 2007 étaient des cultures contenant des combinaisons de plusieurs caractères (stacked products). Les variétés combinées contiennent 2 ou 3 gènes exprimant des caractères différents; par exemple des variétés de coton et de maïs ont été créées pour posséder à la fois les caractéristiques HT et Bt. L'adoption de variétés combinées augmente rapidement dans dix pays - Etats-Unis, Canada, Philippines, Australie, Mexique, Afrique du Sud, Honduras, Chili, Colombie et Argentine – et devrait se répandre dans d’autres pays dans un avenir proche.

Evolution de la proportion (%) de soja HT, coton HT, de coton Bt, de maïs Bt et de maïs HT en fonction des superficies totales
de soja, de coton ou de maïs cultivées aux Etats-Unis. Les données incluent les variétés qui sont à la fois Bt et HT - Source: USDA 2008

Superficies mondiales cultivées avec des plantes génétiquement modifiées (en millions d’hectares). 
Le graphe montre une augmentation de 12% - 12,3 millions d’hectares - entre 2006 et 2007 - Source: Clive James, 2007

Controverses

De sérieuses controverses entourent les cultures génétiquement modifiées et les produits alimentaires contenant des OGM. Elles concernent en premier lieu les effets à long terme sur la santé des consommateurs; les principales préoccupations en ce domaine tiennent à la crainte de voir augmenter les matières allergènes, les toxines et autres composés nocifs, mais aussi les transferts génétiques horizontaux, notamment les gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques, qui ont été utilisés pour nombre de cultures GM de la première génération.
Si ces gènes devaient être transférés d'un produit alimentaire aux cellules du corps humain ou dans des bactéries occupant le tube digestif, cela pourrait conduire au développement de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques, avec des conséquences néfastes pour la santé.

Au niveau environnemental, la diffusion de cultures transgéniques peut avoir des effets directs ou indirects. Ainsi, on peut craindre un transfert génétique à des plantes sauvages apparentées ou à des cultures conventionnelles.

Certains traits transgéniques risquent également d’affecter des espèces non ciblées en même temps que les ravageurs qu'ils sont censés attaquer (il y a eu une polémique à propos de l’effet des toxines Bt sur le papillon monarque par exemple). Par ailleurs, l’utilisation généralisée et prolongée de cultures exprimant des substances insecticides peut faciliter le développement de résistances chez les insectes ravageurs.

Cette plante de tabac a été génétiquement modifiée pour exprimer un gène provenant des lucioles permettant la production de luciférase. Quand la plante est arrosée d’un liquide nutritif contenant de la luciférine, ses tissus se mettent à produire une luminescence spécifique. Il s’agit de la première observation d'un organisme multicellulaire transgénique capable de bioluminescence - Source: Image taken by K Woodfor Science Magazine

D’autres effets sont liés à la modification des pratiques culturales. Ainsi, l'utilisation de cultures Bt résistantes aux insectes contribue à réduire le volume et la fréquence de l'utilisation d'insecticides sur les cultures de maïs, de coton et de soja, mais d’un autre côté, l'adoption de cultures résistantes aux herbicides entraîne une augmentation du volume total d'herbicides utilisé (bien que la toxicité des produits ait tendance à diminuer). 
Par ailleurs, les cultures OGM, en standardisant les pratiques agricoles, mettent en danger la biodiversité et bouleversent les équilibres économiques et sociaux.

Les compagnies multinationales et les gouvernements engagés dans la manipulation génétique de produits alimentaires prétendent que cette technologie est une bénédiction pour l’homme, tandis que beaucoup de personnes concernées par leur santé croient qu’il s’agit au contraire d’une technologie désastreuse dont nous subirons tôt ou tard les dégâts. Les associations de défense des consommateurs, quant à elles, proclament que les risques liés aux OGM sont loin d’avoir été totalement étudiés et pris en compte et ouvrent le débat sur nombre de questions liées à la préservation de l'environnement, à la sécurité alimentaire, à l’étiquetage et au choix des consommateurs, à la propriété intellectuelle, à l’éthique...

Pays et méga-pays cultivant des plantes transgéniques - Source: Clive James, 2007

Sources
Adoption of Genetically Engineered Crops in the U.S. - USDA
Global Status of Commercialized Biotech/GM Crops: 2007 - ISAAA Briefs
Global Status of Commercialized Biotech/GM Crops: 2007 - ISAAA Brief 37-2007: Executive Summary
The State of Food and Agriculture 2003-2004 Agricultural Biotechnology Meeting the needs of the poor? - FAO
Wikipedia Genetically modified food

Liens
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OGM : la menace des « super mauvaises herbes » s’amplifie - Futura Environnement