Qu'est-ce qu'un bushfire?

Le terme « bushfire », que l’on peut traduire par « feu de brousse », est un terme plus général que « forest fire » (feu de forêt) et est utilisé pour désigner les incendies sur des surfaces occupées par des maquis, des forêts ou des prairies en Australie, en Nouvelle-Zélande ou en Nouvelle-Calédonie. Les bushfires ne se produisent donc pas seulement dans les zones boisées, mais aussi très fréquemment dans les grandes prairies australiennes.

Les causes des incendies

Les facteurs déterminants à l’origine de la plupart des incendies sont des processus naturels. Selon les saisons, les incendies se produisent en différentes parties du continent.

  • Au sud-est de l'Australie, ces incendies sont généralement plus fréquents et plus graves en été et en automne et sont particulièrement sévères durant les années de sécheresse qui coïncident avec un événement El Niño. Cette région du sud-est australien est considérée comme l'une des zones les plus vulnérables aux incendies au monde.
  • Dans le sud-ouest, les incendies se produisent également en été, qui correspond à la saison sèche, mais ici, la gravité des feux est en général liée aux fluctuations saisonnières de la croissance végétale.
  • Dans le nord de l'Australie, les feux de brousse se produisent généralement durant l’automne et l'hiver (saison sèche locale) et la gravité des incendies a tendance à être davantage associée aux conditions météorologiques saisonnières.

Bien que le développement et la gravité des feux de brousse soient directement liés à des facteurs naturels (foudre, éruptions volcaniques, structure de la végétation, facteurs climatiques comme la température, les précipitations, facteurs topographiques comme la pente ou l’altitude...), un grand nombre de feux sont dus à l’activité humaine.

Depuis des millions d’années, les feux de brousse font partie de l’environnement naturel australien. Mais le régime naturel des incendies a été modifié par l'arrivée de l’homme en Australie, qui s’est accompagnée de feux délibérés pour défricher les sous-bois ou suivre le gibier. La colonisation du continent australien par les premiers européens au XVIIIème siècle n’a fait qu’aggraver les choses.

Distributions saisonnières des incendies d’avril 1998 à mars 1999 (à gauche) et d’avril 1999 à mars 2000 (à droite), cartographiées à partir de données satellitaires NOAA-AVHRR  - Source

Le rôle de l’homme dans les feux de brousse est aujourd’hui encore très important. A côté des effets directs de l’activité humaine sur la végétation et le paysage et des feux provoqués délibérément ou accidentellement par l’homme, l’impact de l’homme se traduit aussi par les effets des changements climatiques. Le réchauffement global affecte de nombreux systèmes climatiques autour du globe et il serait également responsable de l’augmentation des périodes de sécheresse en Australie, qui à leur tour engendrent des incendies plus fréquents et plus sévères.


Incendies détectés par l’instrument MODIS sur des périodes de 10 jours (à gauche en été, à droite en hiver) : 30/05/2000-08/06/2000 - 31/01/2001-09/02/2001 - 30/05/2008-08/06/2008 - 31/01/2009-09/02/2009 - Source: NASA

 

Les conséquences

Les feux de brousse affectent tant la nature que l’homme. La plupart des espèces végétales et animales sont gravement touchées par le feu. La majorité d’entre elles sont instantanément tuées, mais quelques-unes parviennent à tirer profit du feu, ou au moins à survivre. Des espèces végétales comme le Melaleuca rhaphiophylla (arbre) ont la capacité de se régénérer grâce à de petits bourgeons situés sous l'écorce et dont la dormance n’est rompue que par la chaleur du feu. 
D'autres, comme certains eucalyptus, développent des structures appelées lignotubers, qui sont des renflements riches en amidon qui se forment sur les racines ou les tiges souterraines et qui constituent des systèmes de défense active contre le feu. 

Estimation de la biomasse brûlée par les feux de brousse, les feux de forêt et les feux agricoles en Australie entre 1983 et 1998 - Source

Les processus d’adaptation sont le résultat de millions d'années d'évolution, mais la perturbation par l'homme des régimes naturels des incendies a entraîné une modification des conditions environnementales et donc une transformation des habitats de nombreuses espèces. Par exemple, là où les feux sont devenus plus fréquents, les espèces résistantes au feu - certains eucalyptus notamment – se sont considérablement étendues.

En plus de l’impact sur l’environnement naturel, les incendies ont bien entendu également des conséquences parfois très lourdes sur la santé (en réduisant la qualité de l'air), les biens, les infrastructures ou la production de matières premières, sans compter les nombreux décès qu’ils occasionnent. Au cours des 40 dernières années, les incendies ont tué plus de 430 personnes, se classant ainsi en tête des catastrophes naturelles les plus meurtrières en Australie.

Sur la même période, leur coût économique s’est élevé à environ 2,5 milliards de dollars australiens, ce qui représente environ 10% du total des coûts engendrés par les catastrophes naturelles en Australie.

Les impacts les plus importants en termes de pertes de vie ou de destructions de biens et d’infrastructures sont observés dans le sud de l'Australie, où l'implantation humaine est plus marquée et où pratiquement chaque été voit se développer les conditions extrêmes propices au développement d’incendies.

Samedi noir

Les feux de brousse les plus meurtriers jamais enregistrés en Australie se sont produits au début de l’année 2009 et ont été dénommés « Black Saturday bushfires », car ils ont commencé dans l’état de Victoria aux alentours du samedi 7 Février. Des conditions météorologiques extrêmes favorables à la dispersion des feux expliquent le bilan très lourd de cette catastrophe: pas moins de 173 personnes ont perdu la vie dans les incendies et environ 500 ont été blessées. Les incendies ont détruit plus de 2 000 maisons et en ont endommagé plusieurs milliers d’autres. Plusieurs villes situées au nord-est de la capitale de l'État, Melbourne, ont été gravement endommagées ou presque complètement détruites. Au total, les Black Saturday bushfires ont touché 78 municipalités et ont fait 7 500 sans-abri.

Comme causes principales de ces incendies, on a cité les actes criminels et les chutes ou les surcharges de lignes électriques. D’autres causes possibles sont la foudre, les mégots de cigarette et les étincelles provoqués par des outils électriques. Mais les feux n’auraient pas eu cette ampleur sans une grave sécheresse qui a persisté pendant plus d'une décennie, et sans la tendance au réchauffement observée depuis 50 ans et liée au changement climatique induit par l’activité humaine. 
Il a fallu attendre la mi-mars pour que les conditions soient plus favorables et pour qu’enfin les efforts fournis pour venir à bout des feux soient récompensés.

Source: Wildland Firefighter

 

Stratégies de lutte

Parmi les stratégies à mettre en place pour pouvoir lutter efficacement contre les incendies et ainsi réduire leurs impacts sur la population et l’environnement, on peut citer :

  • des campagnes d’information destinées aux écoles et au grand public, ciblées sur la réduction des actes criminels, encore trop souvent à l‘origine des feux;
  • l’aménagement du territoire, le contrôle des nouvelles implantations et l’adoption de normes adaptées dans la conception des bâtiments;
  • la modification d’éléments du paysage permettant de réduire la probabilité de départ de feux, d’en ralentir la progression, de limiter leur intensité afin qu’ils puissent être contrôlés, tout en maintenant les processus écologiques et la biodiversité ;
  • la création d'une mosaïque de régimes d'incendie au sein d’un territoire, avec des saisons, des intervalles et des intensités de feu adaptés aux différents écosystèmes

Mais au-delà des mesures préventives, tout doit être mis en oeuvre pour pouvoir agir au moment où un incendie se déclare. Tant les dispositifs d’intervention que la population doivent pouvoir réagir rapidement. Des équipes de gestion des incidents doivent être prêtes à fournir une information opérationnelle globale. Les médias ont évidemment un rôle particulièrement important à jouer dans cette diffusion d’information.

Ce n’est qu’en combinant les mesures de prévention et d’intervention que l’on peut espérer réduire la gravité et les conséquences des incendies.

Les feux ont un rôle fondamental et irremplaçable dans le maintien de nombreux écosystèmes naturels et processus écologiques en Australie. Ils sont également un outil de gestion des terres. Cependant, s’ils sont trop fréquents ou trop rares, trop sévères ou trop légers, ou s’ils surviennent au mauvais moment, ils peuvent affecter la santé des écosystèmes, la biodiversité et compromettre d'autres objectifs de gestion des terres. Pour l’Australie, la lutte contre les incendies est un défi permanent et croissant dans un monde en mutation.

Sources
Australia Bushfire Monitor
Australia: Victoria bushfires - The International Federation of Red Cross and Red Crescent Societies
Bush Fires in South Australia - Global Fire Monitoring Center (GFMC)
Bushfire incidents
Living in a land of fire - Australian Government
People and bushfires : factors affecting fire frequency - Australian Government
Report of the National Inquiry on Bushfire Mitigation and Management - Australian Government
Wikipedia Bushfire - Bushfires in Australia

Lien
Earth from Space: ‘Black Saturday’ bushfires - ESA Observing the Earth