L'Europe, terre d'immigration

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Au niveau mondial

On estime qu'environ 192 millions de personnes vivent hors de leur pays de naissance, ce qui représente environ 3% de la population mondiale ou 1 personne sur 35. Entre 1965 et 1990, le nombre de migrants internationaux s'est accru à un taux de 2,1% l’an. Aujourd'hui le taux de croissance annuel est d'environ 2,9%.

Environ 1/3 des flux migratoires mondiaux vont des pays en développement vers les pays industrialisés, tandis qu’1/4 des migrations se font entre pays en développement. 112 millions de migrants vivent dans des pays à hauts revenus (environ 11% de leur population) et 78 millions dans les pays en développement (environ 1,4% de leur population).

Migrants en pourcentage de population totale, 2005 - Source: The World Bank

Les Etats-Unis est le pays accueillant le plus de migrants : en 2005, les USA ont accueilli plus de 38 millions de personnes. Environ 13% de la population du pays est d’origine étrangère. L’Europe occidentale (particulièrement l’Allemagne et la France), l’Arabie Saoudite et le Canada ont, après les USA, les pourcentages de population étrangère les plus élevés. Les pays de l’ex-URSS, la Russie et l’Ukraine doivent être considérés à part, du fait de la dislocation de l’Union soviétique en 1991 (les personnes vivant dans l’un des pays récemment indépendants, et qui sont nées dans un autre pays sont en effet répertoriées comme migrants). Des pays en développement comme l’Inde et le Pakistan connaissent également des flux migratoires importants.

Du côté des pays d’émigration, le Mexique, l’Afghanistan et le Maroc ont les flux sortants les plus importants en termes proportionnels (en pourcentage de la population totale) et l’Inde et le Bangladesh en termes absolus.

Top 10 des pays ayant accueilli le plus grand nombre de
migrants en 2005 - Source: International Organization for Migration

Top 15 des pays exportateurs de migrants (2000-2002). Les chiffres donnés sont, pour les 4 colonnes : le nombre absolu d’émigrants (personnes quittant le pays), le pourcentage d’émigrants par rapport à la population totale du pays, le nombre absolu d’émigrants vers des pays voisins, et le pourcentage d’émigrants qui rejoignent des pays voisins - Source: The World Bank

Quelques faits peuvent être soulevés: 

  • une part importante des migrations se produit au sein de mêmes régions: 17% des migrations enregistrées ont lieu entre l'Europe et l'Asie centrale et l'immigration aux États-Unis est dominée par les latino-américains (y compris les Mexicains);
  • la migration Sud-Sud (en Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud) est quantitativement importante; 
  • plus de la moitié des migrations internationales ont lieu entre des pays ayant des liens linguistiques.

Les définitions du terme “migrant” sont multiples. Les migrants internationaux peuvent être répertoriés selon leur pays de naissance, leur nationalité, le pays de leur dernière résidence, le temps passé hors de leur pays de naissance ou du lieu de leur dernière résidence, ou encore selon le but de leur séjour (type de visa). Les Nations Unies définissent un migrant comme “toute personne qui se déplace vers un pays autre que son pays de résidence habituelle» (1998).
Statistiquement, la population migrante peut être assimilée au nombre d’étrangers, qu’il s’agisse des personnes répertoriées selon leur pays de naissance (la population d'origine étrangère), ou des personnes de nationalité étrangère (la population étrangère).

L'immigration en Europe

Depuis 1950, l’Europe n’a cessé d’être une terre d’immigration. Actuellement, 11 millions d’immigrants légaux résident au sein de l’Union européenne (UE) et on estime à plusieurs millions le nombre d’immigrants illégaux.

L'Europe est, après les Etats-Unis, la destination choisie par ceux qui veulent échapper à la pauvreté, au besoin ou à la violence. Entre 2000 et 2005, l'Amérique du Nord a enregistré 1,4 millions de migrants par an (taux de migration net: 4,2 migrants pour 1000 habitants), l’Europe, 1,1 millions (taux de 1,5 pour 1000) et l’Océanie 103 000 migrants (taux de 3,2 pour 1000).

Au travers de l’Europe, le comportement migratoire est cependant très hétérogène :

  • Le Nord de l’Europe (l’Irlande, le Royaume Uni, la Finlande et la Suède) connaît des mouvements migratoires dynamiques;
  • La zone centrale (la Belgique, le Danemark, l’Allemagne, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et l’Autriche) constitue la principale zone d’attraction de l’immigration;
  • La zone méditerranéenne (l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce) a subi un changement radical; cette zone, qui auparavant comptait parmi les régions exportatrices de migrants vers la zone centrale, est devenue une zone d’accueil des migrants provenant essentiellement d’Afrique du Nord;
  • L’Europe de l’Est a connu une augmentation des flux migratoires au début des années ’90, en raison de la réactivation économique dans les années ‘80, de la chute du mur de Berlin en 1989 et de la désintégration du bloc soviétique en 1991.

La majorité des étrangers qui se sont installés dans l’Union européenne ces 10 dernières années peuvent être inclus dans les catégories « demandeurs d'asile/réfugiés » et « regroupement familial ». Contrairement à cette tendance générale, les pays du Sud, qui ont rejoint l'Union européenne pendant les années ‘80 et forment donc dorénavant la frontière Sud de l'Union européenne, connaissent une immigration qui est principalement de type économique.

Proportion of foreigners in the total population of the states of the European union - Source: Le Monde

L’immigration: la solution aux problèmes du vieillissement de la population et de la durabilité du système de protection sociale ?

Tous les Etats membres de l'UE montrent une baisse de la fécondité, ainsi qu'une baisse de la mortalité chez les personnes âgées. Selon une étude de l'ONU, la quasi-totalité des pays de l'UE (à l'exception de l'Irlande) auront, d’ici à 2010, un rapport de dépendance économique (rapport de la population de 65 ans et plus à la population de 15 à 64 ans) de 20 à 30%, ce qui signifie que la population âgée de plus de 65 ans représentera environ un quart de la population âgée entre 15 et 64 ans.

La question est de savoir si cette évolution pourrait ou devrait être compensée par une augmentation de l'immigration nette, avec une contribution positive au marché du travail, à la croissance économique et au maintien des systèmes de protection sociale. 
Selon l'OCDE (Organisation de coopération et de développent économiques), les États membres doivent, afin de compenser l'augmentation de la charge démographique et de réduire le taux de dépendance à des limites raisonnables, permettre une immigration nette de 47 millions de personnes en âge de travailler, soit l'équivalent de 7 fois l'immigration nette entre 1985 et 1995.

Eurostat arrive à des conclusions similaires et estime qu’entre 1995 et 2025, la population de l'UE va augmenter de 372 à 386 millions, la proportion de personnes de plus de 60 ans augmentera de 15,4% à 22,4%, tandis que la population en âge de travailler va diminuer de 225 à 223 millions.

Depuis 1989, la migration nette représente la principale composante de l'évolution démographique. En 2005, l’immigration nette, qui se chiffrait à 1,8 millions, a contribué pour 85% à l’augmentation de la population

Tant les observateurs universitaires que les citoyens européens sont de plus en plus convaincus que l'avenir de l'Europe dépendra en grande partie de la façon dont elle va accepter et intégrer les non-européens. 

Immigration clandestine et xénophobie

L’immigration clandestine est par définition difficile à mesurer, mais les estimations montrent qu’elle représente une part importante du total des migrations. Europol affirme que plus de 500 000 clandestins entrent chaque année en Europe.

L'immigration et l'intégration des minorités occupent régulièrement la une des journaux. Le chômage, la criminalité, le terrorisme sont souvent cités par certains hommes politiques comme des effets secondaires négatifs de l’immigration. Certains pays ont durci leurs lois en matière d'asile, et beaucoup souhaitent une plus grande coopération entre les gouvernements.

L'intégration d’immigrés dans les États membres a été de pair avec une augmentation des comportements xénophobes. De manière générale, plus la proportion d'immigrants dans les États membres est importante, plus la tolérance envers les minorités ethniques est faible. Selon l'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, on a constaté une augmentation du nombre d’agressions xénophobes ces dernières années, attribuée à une augmentation de l'immigration, et à un rejet des musulmans, de plus en plus marqué depuis les événements du 11 Septembre 2001.

La présence des immigrants et des réfugiés soulève la question du respect des droits de l'homme. L'UE a clairement reconnu l'applicabilité des traités relatifs aux droits humains dans les questions relatives aux réfugiés, aux demandeurs d'asile et aux immigrants.

Environ 500 000 émigrants clandestins entrent en Europe chaque année. © REUTERS/JUan Medina

Sources
Europe: Population and Migration in 2005 - Migration Policy Institute
Immigration in Europe: realities and policies - INSTITUTO DE POLITICAS Y BIENES PUBLICOS
INTERNATIONAL MIGRATION 2006
Quantifying International Migration: A Database of Bilateral Migrant Stocks – The World Bank
Regional and Country Figures – International Organization for Migration
World migration 2008 – Regional Overviews

Links
Europe and Immigration - BBC